Jeu (dans la série avoir toujours un livre de cuisine sous la main)
"Había hecho el penoso viaje desde Manaure con unos traficantes de pieles que recibieron el encargo de entregarla junto con una carta en la casa de José Arcadio Buendía, pero que no pudieron explicar con precisión quién era la persona que les había pedido el favor."
* Attrapez le livre le plus près de vous. Maintenant.
* Allez à la page 56.
* Trouvez la 5ème phrase.
* Écrivez cette phrase sur votre blog.
* Copiez ces instructions en dessous de votre phrase.
* Ne cherchez pas votre livre préféré ou le plus cool mais bien le plus proche.
Pendant longtemps, pour ne pas dire depuis toujours, j'ai été en quête d'une immuabilité. Le changement pouvait, par certains aspects, paraître effrayant. Pourtant, aujourd'hui, je réalise que cette stabilité est illusoire. Mon escapade de Noël chez mes parents m'a étrangement fait réaliser cela. Certes, hier matin en partant, j'étais triste de quitter mes proches et ce lieu désormais familier qui n'a cependant pas l'autorité émotionnelle et le poids affectif de ces endroits chargés du souvenir de la petite enfance. Comme T. n'a cessé de me le répéter pendant cinq ans, "les gens ne changent pas, ils évoluent". Pour la première fois, cela m'apparaît flagrant chez moi-même. Les attaches à ce lieu sont naturellement devenues plus solides avec les années mais je constate que cela ne se vérifie pour l'instant qu'avec le temps et l'éloignement. Même si cela n'est pas le cas avec tous ceux où j'ai traîné mes guêtres. Alors qu'une nouvelle fois, le train m'entraînant vers Paris me fait analyser le rapport que je porte à ma destination, je me sens précisément en transit, de passage dans cet espace-temps. La permanence, l'immuabilité, le statique s'effacent progressivement. Des détails aussi absurdes que l'achat d'un appartement, la sédentarité d'un emploi, voire une potentielle relation, ma vie à l'étranger m'apparaissent soudainement aussi fragiles, illusoires et éphémères que des mirages. Frappé par la familiarité de mes cogitations avec les nouvelles de Carson McCullers qui m'accompagnent le long de ce voyage, je m'interroge sur la finalité de tout ceci. Les détails du quotidien ne prennent d'importance qu'au travers d'un ressenti individuel. Quelle charge peut bien avoir le récit du remarquable ensoleillement d'hier matin dans le salon parental, de ma furtive visite aux poissons sur la terrasse, des blagues de mon frère ? Aucun pour nul autre que moi mais l'importance de ces détails est capitale dans mon univers et je suis saisi par la résonance, l'exactitude et la précision de ce que je viens de vivre ces derniers jours et de ce que j'ai lu dans le train hier.
La charnière 2008 s'achève et, résolument, malgré une relative stabilisation, j'ai la sensation que 2009 s'annonce comme une nouvelle page, même si je me réveillerai après-demain matin comme tous les autres matins et que le changement de chiffre n'aura fondamentalement rien changé au quotidien, bien évidemment.
Bien que globalement décrié, j'affectionne Noël depuis de nombreuses années. Point d'attroupements familiaux forcés, juste le petit comité réglementaire, agrandi d'une belle-sœur désormais. J'apprécie de fait l'esprit censé présider à cette célébration (même si concrètement, il en a quasiment disparu). Comme tous les ans, il va surtout s'agir d'une effervescence en cuisine et la soirée se passera tranquillement entre beau-père consensuel, mère directive, frère pitre et moi autiste. Loin de donner dans l'obscène débauche consummériste (quoique la qualité de gourmets de la sainte famille puisse laisser penser que...), Noël n'est pas une corvée. Simplement un moment de réunion que j'apprécie malgré les blocages et dénué de toute portée religieuse au sens littéral. D'où mon envie de Died Moroz et Snegurochka afin de rester un peu plus dans l'esprit. Comme si l'Esprit du Froid s'était investi des conditions météorologiques en vue d'une symbolique dérisoire des vacances de X. à quelques dizaines de kilomètres d'ici.
Venant de fournir quatre jours de travail bénévole, j'éprouve une relative satisfaction mêlée d'une auto-distanciation quasi-enfantine de ne pas comprendre pourquoi certaines choses ne changent pas. C'est comme un terrain sur lequel le jardin change de visage mais dont les murs de la maison restent immuablement identiques malgré le passage du temps. Une maison perdue en pleine campagne où les marques temporelles n'ont pas prise. Où seul le lierre recouvre peu à peu les murs de manière imperceptible. Un lieu hors du temps, uniquement rythmé par la valse des saisons. Une torpeur doucettement cadencée ayant depuis longtemps refermé ses serres sur une existence dont les désillusions se succèdent, laissant son sujet dans une contemplation analgésique. Sorti de la tourmente, il n'est quasiment plus qu'observateur d'un cortège d'événements somme toute insignifiants. Et finalement, c'est bien ce en quoi consiste la vie, un non-événement qui s'étiole et s'étire au fini avant de disparaître dans une nirvanesque incertitude.
Joyeux Noël...
En écoutant la radio ce soir (bien que ce ne soit pas le jour de "mon" émission), une anecdote m'a frappé. Josyane Savigneau, ancienne journaliste au Monde, racontait un rendez-vous avec Marguerite Yourcenar à Kathleen Evin. Accueillie chez l'écrivain, elle se retrouvait à devoir utiliser sa salle de bain. Sa surprise teintée de démythification a également été la mienne il y a quelques années. J'étais encore en pleine rédaction de thèse et j'entretenais déjà avec ce cher Monsieur M. des rapports cordiaux, amicaux et chaleureux. Un jour qu'il m'avait comme à son habitude prié à déjeuner en sa délectable compagnie, j'ai dû moi aussi m'éclipser dans ce quasi-naos où l'on se trouve soudain catapulté à bas de son idéalisation du maître ou de la maîtresse. L'atterrissage nous fauche de plein fouet. Ledit maître avait un lieu dans lequel faire sa toilette et ses besoins. L'esprit qui avait donné naissance aux écrits fascinants qui m'avaient suivi le long de mes cycles rédactionnels divers étaient aussi incarnés et prisonniers de la matière que moi-même. Mais le syndrôme Abba turd ne m'ayant pas touché, je n'ai pas été affecté outre-mesure, passé le moment de la prise de conscience de cette normalité évidente de la statue sur le piédestal. Le temps mène généralement à démythifier ces gens que nous admirons, à tort ou à raison d'ailleurs. Seul ce facteur temporel parvient à abaisser les frontières nous permettant de percer les apparences d'un individu et d'en contempler la réalité au grand jour. Exercice fascinant, voire effrayant.
Occupant ensuite mon temps en travail bénévole (c'est fou ce que je peux bosser depuis que je ne suis plus chômeur... à croire que j'aime ça !) avec siestes par intermittences, j'attends l'heure du départ pour mon petit périple de célébration du Sauveur. Avec une petite tournée de visages amis à la clef avant une éventuelle prospection immobilière, j'ai pris mon plaisir du week-end en écoutant religieusement mon émission favorite il y a quelques dizaines d'heures. Je ne manquerais ce rendez-vous radiophonique pour rien au monde, et grâce au Ciel, le podcast a été inventé pour les soirs où j'ai d'autres priorités. Mal fichu depuis lundi, et ayant gardé le lit mardi, je n'étais pas bien frais en écoutant la suave voix de Sophie Loubière. Le fond sonore de pluie de début d'été à sa première lecture me faisait frissonner. Descendant tasse de thé sur tasse de thé, je me caparaçonnais dans mon fauteuil, savourant les mots, puis le choix musical, toujours aussi piquant, cet humour tongue-in-cheek. Toujours cette petite pointe dans la voix et la manière de la poser, faisant ainsi passer tout une discrète mais néanmoins vivante énergie à ces textes, conférant une cohérence et une cohésion à ces ensembles radiophoniques réguliers. Cette proximité, cette connivence intime à nous susurrer ces petits mots doux à l'oreille à l'heure où beaucoup de ces bipèdes (dé-)cérébrés qui nous servent de congénères sont déjà en état d'éthylisation valent bien toutes les sauteries. Forcément, écouter ça au coin du feu en ronronnant avec une boisson chaude vaut tous les plaisirs (solitaires) du monde.
Comme quoi, on peut devenir accro aux choses les plus inattendues.
L'écoute à répétition d'une chanson, a priori ne faisant pas partie de mon répertoire de cœur, m'a depuis hier donné matière à réfléchir à une sorte d'universalité et de pérennité. À partir de la simple mélodie et des chœurs l'appuyant, je prenais conscience de la relativité de ce qui marque au fil du temps. Je me rendais compte de l'étroitesse d'esprit de certaines attitudes, observées ça et là au cours des années, qui avaient pu paraître "cool" de prime abord mais qui se révélaient être au final que le résultat d'une fatuité et d'une bêtise intenses. Parce que les sujets chez lesquels je les ai observées n'étaient au fond que des stéréotypes. Ce que bien souvent les marginaux créent, ce n'est qu'une reproduction de la norme qu'ils dénoncent. Leur norme n'est rien de plus qu'un parallèle. Rien n'est plus bête que de reproduire ce que l'on reproche aux autres. Or, c'est souvent à ce stade que ça s'arrête. Le cheminement contestataire se cantonne à une sorte de confort permissif, prétexte à tout et n'importe quoi, sous couvert d'hypocrisie et de mauvaise foi. Ce qui me fait apprécier la souplesse d'esprit de certaines de mes récentes rencontres, la manière de ne pas se prendre au sérieux, voire de me faire prendre conscience de certains traits chez moi qui auraient pu s'ossifier jusqu'à devenir des travers négatifs. Mais l'attitude de R. après ma bourde phénoménale le concernant et l'humour de X. ce soir me rassurent sur ma perfectibilité. Et c'est tout ce qui compte.
Course sous la pluie pour une journée un peu étrange au boulot aujourd'hui. Après la visite du Dalaï-Lama au Parlement, il y avait de la matière dans les nouvelles. Mais l'humeur de tout le monde était bizarre : fatigue accumulée par plusieurs semaines de boulot harassant, excitation d'un week-end pas volé, réelle tristesse de voir E., le jovial traducteur de grec, partir lundi.
J'ai aussi remarqué en arrivant au et en partant du boulot une vieille femme à travers la vitre d'une maison de retraite devant laquelle je passe donc quotidiennement. J'y ai fait particulièrement attention ce matin, puis cet après-midi en partant. Elle était affaissée dans un fauteuil, près de la vitre qui la sépare de la rue, un épais châle en polaire sur les épaules, la tête penchée. Peut-être dormait-elle ? Mais en sortant tout à l'heure, je l'ai revue quasiment dans la même position, au même endroit. Elle y avait probablement passé sa journée. Comme la veille. Et l'avant-veille... Cela semblait dérisoire mais les cours de français de première me revenaient en mémoire, sur le passage du temps. Ne pas s'attacher aux choses, même si on le fait malgré soi. Simplement observer la succession des événements comme une somme inévitable formant un tout. Oublier les épisodes insignifiants, se focaliser sur qu'il reste encore à accomplir, évaluer ce qu'on a déjà fait. Avant d'atterrir dans le fauteuil de la vieille dame. Elle me faisait penser à ma grand-mère que je vois trop peu, au constat qu'on fait de sa vie, au temps gâché, perdu pour des gens ou des choses inutiles. Mais il y a tout de même la satisfaction par certains côtés d'avoir pu se libérer et de prendre des directions si, pas franchement celles qu'on voulait, du moins celles qui ont permis de rectifier le tir.
Uncanny how he proceeds into further thinking.
Mon dimanche a été désagréable : levé avec une migraine et mal à la gorge, j'ai traîné jusqu'à 15h00 avant de me décider à prendre ma douche. L'invitation à dîner me motivait de toute manière à m'y mettre tôt ou tard. Puis, après diverses bricoles sans intérêt, je songeai à sortir à mesure que les heures passaient. C'est évidemment à ce moment-là que X. m'a appelé en urgence pour me demander s'il pouvait venir prendre une douche chez moi, son chauffe-eau ayant rendu l'âme. À seulement une demi-heure avant de partir pour mon dîner, je lui ai dit de venir. Sitôt arrivé, il s'est déshabillé sans pudeur, pour se diriger vers la salle de bain. Magnétisées, mes mains se sont inévitablement plaquées sur lui, encouragées par le baiser à son arrivée. Notre discussion m'a en quelque sorte déçu. Le récit de son week-end m'a soudainement fait réaliser que l'amour et le désir que je nourris à son encontre ne sont pas suffisants pour supporter certaines de ces habitudes et de ses pratiques. Pourtant, alors qu'il se rhabillait et qu'il s'apprêtait à sortir avec moi puisque je partais dîner, je lui ai demandé un câlin qu'il m'a immédiatement donné. En dépit de ce que pensent ses nombreux détracteurs, X. n'est pas un salaud. Il a certes ses travers qui peuvent déplaire mais il n'est pas un salaud. Étrangement, nous nous sommes séparés devant la porte de chez moi en projetant de dîner ensemble ce soir. Mais ce matin, la migraine était encore là et je me sentais encore un peu fébrile. Elle s'est dissipée au cours de la journée et comme convenu, j'ai appelé X. pour convenir du lieu et de l'heure de notre rendez-vous. Toujours incisif dans son humour, il me proposait de le rejoindre mais j'ai pour la première fois refusé. Puis, dans le tram qui me ramenait chez moi, son corps nu hier soir repassait dans mon esprit. J'aime toujours ce corps, j'ai toujours envie de son odeur, de sa peau, de sa voix apaisée post-coïtale, de sa tignasse rousse mais j'étais étonné de m'être décommandé. Peut-être que cette année a enfin eu raison de ma résistance et que le processus de détachement s'est enclenché. Je trouvais mon désir de lui presque routinier, finalement. Je suis en général lent à la détente en matière de mecs mais ce changement imperceptible est pourtant éloquent, sorte d'affranchissement initié par une relative lassitude. Il ne s'agit pas d'une brouille entre nous, ni même d'un refroidissement comme au début de l'année. Juste un recul de ma part. Je continue à prendre plaisir à sa compagnie, peut-être même à du sexe avec lui, selon les circonstances, mais le déclic semble avoir eu lieu. Même si je connais le X. qui se cache derrière la façade qui l'a fait prendre en grippe par une bonne proportion de mon entourage, j'ai enfin saisi que cette façade, si elle ne se fissure pas, serait trop présente et trop pesante. Néanmoins, ce X.-là est bien présent derrière et il est attachant. Mais les actes priment toujours sur les paroles. Et cet échange hier m'a soudainement refroidi. Peut-être que cela ne durera que jusqu'à mon prochain rapport sexuel avec lui mais je me sens moins ferré par lui, plus affranchi.
Certains jours, peut-être vaudrait-il mieux s'enfermer dans une sorte de cocon hermétique plutôt que d'écouter les horreurs dont nous bombardent les media. Alors que le carnage en Inde rappelle encore une fois l'infini de la bêtise humaine, on se prend à penser à tous les malheureux. On n'a d'autre ressource que de se désoler devant tant d'horreurs. Pourtant, le quotidien suit son cours. Demain, recommencera la routine au boulot et ses petites emmerdes insignifiantes, les prises de tête avec A. ou au sujet de X., les inquiétudes pour le voyageur, l'interrogation au sujet de choses qu'on pensait a priori résolues, l'angoisse que certains repères s'évanouissent soudainement tout en n'ayant pas l'énergie pour un enthousiasme combatif. Naturellement, le quotidien n'est pas issu d'une conception globale orientée. La vie, c'est un peu tétris : elle n'est qu'une suite d'expériences qui s'empilent et s'encastrent, laissant ça et là des cases vides, aux formes et aux couleurs disparates. Nous ne sommes que des éléments liquides, épousant la forme du conduit qui nous mène vers la sortie, où nous nous déverserons dans un océan indistinct et fade. Alors que le froid s'est enfin emparé du présent, que la neige recouvre parfois le paysage urbain et provoque l'envie de se recroqueviller près d'un poêle ou d'un radiateur, nous sommes portés à l'introspection, nous goûtons à un apaisement indifférent, lassés du superflu, attentifs uniquement au significatif, à l'important, au fondamental. Plus j'avance dans le temps, moins je ressens de patience envers le superficiel, envers les choses sans valeur, sans sens, sans profondeur. Être, tout bêtement, telle est l'essence. Accomplir des actes dont être fier, tout en les laissant sous silence afin de ne pas les dénaturer. Rester fidèle à son éthique, ne pas s'en écarter d'un millimètre. Savoir rire, se réjouir, réellement, voilà un défi de taille. Pas de ces ricanements mondains et convenus, tellement prévisibles, et d'ordinaire caractéristiques des parasites, en un mot comme en trois, "fucking politically correct". Ce qui contribue d'une absence de but. D'une vacuité saisissante.
Deux de mes activités professionnelles me font suivre l'activité politique de très près. L'une, européenne ; l'autre, française. Plus le temps passe et plus je suis fasciné par l'hypocrisie, la mauvaise foi, le mensonge et la duplicité qui sont si manifestes pour qui prend la peine d'écouter et de s'intéresser un tant soit peu aux discours politiques des uns et des autres. On le voit brillamment illustré par le vestige de parti de pseudo-gauche en France. Ce qui est évident pour tous, sauf pour les concernés, c'est que tout réside dans les questions d'ego. Exactement comme la totalité des autres rapports humains. Tout est question de pouvoir. Une fois que l'on s'est affranchi du pouvoir, on est hors de portée de toute atteinte et toutes les tentatives d'asservir sont vaines. Seuls les politiques ne le comprennent pas, pris qu'ils sont dans leur propre fantasme. Car au fond, le pouvoir est toujours partagé. Il n'est de maître sans esclave et pour peu que l'esclave disparaisse, l'autorité subordinatrice s'évapore aussitôt. Le ridicule de cette dernière, s'évertuant à tenter d'appliquer son pouvoir en pure perte, est naturellement d'une dérision qui confine à l'aveuglement acharné, que seule la psychiatrie pourrait éventuellement parvenir à soulager. L'arène politique est donc un parfait exemple de lutte illusoire et chimérique. Ce qu'il y a d'intéressant dans le cas actuel, c'est que les prérogatives d'ordinaire masculines de bêtise, de fausseté, de lâcheté et de couardise, sont pour une fois entre les mains de deux femmes. Après tout, en tant qu'enfant de la révolution sexuelle, je ne considère qu'il n'y a plus la moindre différence à faire entre les deux et rien ne m'agace davantage que d'entendre des journalistes faire des commentaires sur le fait qu'une femme politique est justement une femme. Une connasse reste une connasse au même titre qu'un connard est un connard. Mais naturellement, la petitesse, la bassesse et la médiocrité de l'âme humaine est sans fond. Notre cirque politique actuel ne pourrait pas mieux le démontrer.
Cinq mois. Depuis cinq mois j'attendais ce 16 novembre pour revoir Sigur Rós après deux ans et demi. Ils ont fait du chemin depuis. Mais je suis toujours aussi inconditionnel. L'allégresse leur va bien mais ils excellent tellement dans la noirceur. 'Ný Batterí' était absolument merveilleuse, à en donner des frissons. Les caresses que Jónsi donne à sa guitare avec son archet son toujours subtiles mais parfois tranchantes comme des coups de rasoir. L'explosion sonore de 'Sæglópur' me lançait des visions cosmiques à travers l'esprit. Les mélodies cosmiques avaient des élans de courses galactiques, d'explosions astrales comme l'apothéotique final avec 'Popplagið'. Comme toujours, lors de voyages, ce sont les derniers jours qui sont pesants, voire décourageants. Mais lorsque sonne l'heure d'embarquer et qu'il faut se remuer les miches pour y aller, alors l'excitation revient au galop et en général, c'est là qu'on n'est pas déçu. Et ç'a été le cas ce soir. Je n'ai pas regretté ce concert dont je n'ai pas vu passer les minutes. Déjà, dès les premières notes, j'étais transporté dans l'espace-temps : je revivais ces longues heures à faire l'amour avec M. sur fond de 'Svefn-G-Englar' dans l'appartement à Paris, peu après le concert. Le souvenir de ces heures est encore vivace. Et une fois le décollage effectué, le vitesse de la lumière était atteinte, la vaste salle me rappelait le Sénat dans 'Star Wars', immense, Jónsi, Kjartan, Goggi et Orri trop petits, au loin. Comme cet espèce de rêve récurrent de mon enfance où les dimensions et le rythme s'abolissaient. La tête encore emplie de ces merveilleuses mélodies qui m'atteignent au plus profond de mon être, je vais savourer l'onirisme de leur, de notre univers.
Week-end libre cette fois-ci. X. part quelques jours à Prague. Malgré une énième explication des règles du jeu sur le trajet pour aller au bureau, je me rendais compte hier matin qu'elles ne sont pas encore complètement assimilées. Par ailleurs, cette soirée dîner-cinéma m'a révélé une sorte de routine. Comme si je m'étais fait à cette demi-mesure. D'un autre côté, j'ai l'impression de peut-être avoir déjà inconsciemment enclenché le processus de détachement tout en nourrissant une vaine espérance de changement. Si l'attraction est toujours là, je focalise sur des détails censés me faire fuir et je me sens moins atteint par la distance relative entre nous. Pourtant, il joue de son côté à maintenir le jeu de séduction. It takes two to tango. Quant à A., son silence radio me semble éloquent désormais, étant donné que la patience est loin d'être ma qualité première. Ce manque de matérialisation m'agace mais je le regrette.
L'impression que j'observe au quotidien me fait mesurer une dimension somme toute universaliste d'une vie en accéléré. Les jours passent à un rythme effréné, se succèdent à toute vitesse de sorte qu'au final, on ne voit pas les heures défiler, ni les occasions manquées ne pas avoir lieu. Étrangement (peut-être est-ce l'âge qui me fait dire cela ?), les basiques se révèlent ne pas être là où je les attendais, tout en en ayant eu une intuition floue au fil du temps. Certains liens, mais cela dépend des histoires, sont indéfectibles alors qu'on ne parvient pas à les constater. Il faut juste du temps, du recul, de l'expérience et de la réflexion pour assimiler les leçons du temps.
Alors que le travail s'enchaîne à un rythme infernal, ce dont je ne me plains pas, je prends également le temps de penser à moi et de m'occuper de moi en me faisant des petits plaisirs. Craquer pour quelque chose dans un magasin qui me faisait envie ce week-end, aller dîner puis voir 羅生門 au cinéma ce soir avec X., et le concert de Sigur Rós que je retrouve enfin après un peu plus de deux ans pour une communion sensorielle. Incidemment, un autre petit motif de satisfaction a été d'être contacté par C. après quelques mois de silence dont je croyais qu'il était l'habituelle suite de notre magnifique nuit passée ensemble. Petit mot gentil de sa part, s'excusant d'un silence dû à des problèmes de son côté. Ces petits riens améliorent dans une certaine mesure le quotidien qui prend parfois des teintes moins mornes que ce à quoi je suis conditionné. Je considère régulièrement le ciel étrange qui pèse au-dessus de cette ville tous les matins. Il me rappelle les mouvements accélérés de nuages chez Gus Van Sant. Je l'observe, au même titre que cette architecture hétéroclite quoique relativement harmonieuse, comme la maison dont X. me disait vouloir l'acheter l'autre jour lors de notre promenade, collée à la maison aux hiboux qui se trouve justement être celle qui me plaît. Plutôt qu'en termes si familiers à X., j'ai l'impression que mon existence se développe en des termes botaniques, la pousse éclosant sans avoir d'objectifs bien définis. Malgré tout, si elle manque de plans et de bases orientés, la souche se consolide au quotidien et les rameaux croissent sans crainte de rupture. Mais finalement, le végétal fait partie des matériaux de construction.
Évidemment, l'euphorie relative et somme toute superflue d'un fait historique et politique est atténuée sitôt la journée terminée. Devant la satisfaction de voir un cinglé disparaître des manettes et un symbole se traduire dans les faits, la fin de journée voit déjà le cours normal des choses reprendre le dessus. Une euphorie, une sorte d'ivresse passagère s'estompent rapidement pour laisser une relativisation et un apaisement s'installer à nouveau. Ces événements qui marquent le calendrier, n'ont finalement pas une grande importance. Le recul et le détachement manquent dans ces moments-là. Celui du jour m'a fait écouter à nouveau cette chanson qui avait marqué son époque, portant sur le parrain du héros du jour. Petit saut en arrière pour réaliser que les sens sont bel et bien prompts à appuyer sur le psycho-affectif. Toujours l'effet madeleine. Quoi qu'il en soit, une sorte de joie un peu futile a saisi tout le monde aujourd'hui pour réaliser ce soir que la vie continue. Comme elle continue également après une tragédie. Un climax retombe aussitôt. La vie ne change pas. Ou alors insidieusement. Imperceptiblement. Pour qu'on ne s'en rende compte que bien plus tard. Comme on peut se rendre compte du changement dans sa propre vie après un certain temps. On ne peut contempler le chemin parcouru qu'une fois qu'on en a fait assez pour s'apercevoir qu'on a avancé. Et c'est réconfortant, à long terme.
La soirée Halloween a été une grande réussite vendredi soir. Je me suis couché à 4h00, mais cette soirée a été l'un de ces moments où une complicité muette s'établit par le regard et par des gestes sans que beaucoup de mots n'aient besoin d'être échangés. L'insistance et la profondeur des coups d'œil entre I. et moi ont surtout été appuyées par la danse. Alors que je côtoie I. au quotidien sur mon lieu de travail, nous avons longuement dansé, elle et moi. Danseuse plus que talentueuse, je lui ai donné (ou du moins essayé de) la réponse chorégraphique. Je suis impatient de la retrouver ce matin au bureau pour voir comment nous allons parler, immanquablement de manière plus proche.
Ce matin au réveil, je suis étonné de l'odeur régnant encore sur moi. Après l'appel de X. hier à midi et notre déjeuner ensemble, nous sommes revenus chez moi pour regarder Dr House dont il est fan, et que je lui donne du paracétamol pour sa tête et que je lui masse la nuque. Évidemment, après le massage, je me suis collé à lui pour terminer l'épisode. Nous sommes restés sagement et chastement ainsi. Il est parti peu après avant que je ne sorte pour mon dîner avec O.
En rentrant, je me suis couché et me suis immergé dans mes draps où son odeur régnait encore. Et ce matin, je la sens sur moi.
N'importe quel lecteur aura pertinemment compris que tous les commentaires minables, et évidemment anonymes, laissés sur ce blog n'ont qu'un seul et même auteur pitoyable : le fucking ex. Puisque cet abruti n'a manifestement pas encore réussi à tourner la page après m'avoir largué courageusement pour un autre mec il y a deux ans, il compense ses petites frustrations ici en essayant de m'humilier et de me rabaisser publiquement, s'imaginant sans doute que ce qu'il peut dire (toujours sous couvert d'anonymat puisqu'il n'a pas les couilles de s'exprimer à visage découvert ou bien alcoolisé, comme c'est son habitude) peut encore m'atteindre. Il n'a pas encore compris que j'ai inexorablement et irrémédiablement tourné la page, ce qui laisse croire que mon successeur semble ne pas être à la hauteur. Et franchement, cela ne me réjouit même pas. Je m'en contrefous.
J'informe donc ceux dont mon verbiage attire l'attention que seuls ceux que j'aurai choisis après demande directe auprès de moi ont désormais la possibilité de laisser des commentaires ici. Tous les anonymes ne peuvent plus le faire qu'en me contactant directement. Puisque le fucking ex lira ces mots, qu'il sache que cela le concerne lui et ses deux truies, et que désormais, à part lire, il ne leur est plus possible de laisser trace écrite de leur passage (bien que mon mouchard continue de m'informer de qui passe sur ce blog).
Que mes amis GAiens se rassurent, j'ai déjà fait le nécessaire pour leur laisser le loisir de continuer à me faire part de leurs pensées si et quand ils le souhaitent. Aux amis non-inscrits sur ce site ou aux simples passants anonymes, désolé pour vous mais c'est le seul moyen d'avoir la paix pour que ce personnage insignifiant me foute la paix et achève de tomber dans l'oubli. Et évidemment, si cela s'avère inefficace, je fermerai ce profil-blog pour en rouvrir un autre ailleurs, sous un autre nom, bien entendu... auquel cas, les "désirables" seront informés en privé, par mes soins.
Le résultat de mes réflexions m'a mené à refuser de céder devant la bêtise ras-du-sol. J'ai donc décidé de répondre en étant supérieur, et j'utilise le mot à dessein, aux méprisables et indésirables visiteurs de ce blog. Ce faisant, j'ai pris conscience de certaines choses. Être suivi, voire fliqué, ici par de sympathiques fidèles, des indiscrets, des anonymes ou par des ordures malintentionnées me fait découvrir ce qu'est d'avoir une vie publique, toutes proportions gardées. Je continuerai, comme je l'ai toujours fait, d'assumer ce que je suis, ce que je fais et ce que je pense. De A jusqu'à Z. N'ayant pas la prétention et la fatuité de m'avancer comme un "être de lumière", je demeure lucide sur ce que je suis et je sais exactement à quel niveau je me situe. Je suis éveillé. Mon regard sur les choses est vif et acéré. Mon apparence amorphe est trompeuse car je suis observateur. Je n'ai pas pour but de juger mais simplement de tirer les conclusions de faits observés. La médiocrité et la crasse psycho-intellectuelles ne m'atteindront pas. Les déconvenues que je peux rencontrer aujourd'hui sont d'un niveau supérieur et j'ai désormais le bon goût d'avoir la zappette réelle facile, voire nerveuse. Il est des choses qu'il faut éradiquer et arracher comme de la mauvaise herbe. Les mismatches d'aujourd'hui ont au moins une sincérité et un bon fond qui me les rendent attachantes. Je sens une évolution latente et une volonté grandissantes. Les lettres s'entrechoquent sans qu'aucune ne tranche en mettant un point final à la valse. Mais attendre ou courir après me lasse et je laisse à présent la chasse lexicologique s'inverser.
"An error does not become truth by reason of multiplied propagation."
- Mahatma Gandhi
"Et au plus élevé trône du monde, sis ne sommes assis que sus notre cul."
- Michel de Montaigne
"Freres humains, qui après nous vivez
N'ayez les cueurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost de vous mercis."
- François Villon