Je est un autre
Les méandres de l'âme humaine sont vraiment insondables (la "grande tétée", célébration de l'allaitement, n'a-t-elle pas été fêtée ces derniers jours par donner le sein en public ?). Encore des signes contradictoires. Mais en toute conscience, autant savourer les moments volés. Enfermés dès ce matin dans une salle noire pour aller voir un film, X. a eu des attentions envers moi, tout en jouant toujours le distant. Puis déjeuner et balade dans Bruxelles. J'ai réussi à le surprendre en lui montrant l'écriteau que je lui ai ensuite envoyé en photo. Par contraste, le soleil radieux à la sortie était presque trop chaud, difficile à supporter. X. devenait tout rouge à la terrasse où nous avons déjeuné. Je marchais parfois devant lui, d'un pas léger, me moquant de lui, face à son habituel jeu du blasé. Blasé mais provocateur. Surtout lorsque j'étais au téléphone. Régulièrement, dans nos rapports, les planches des Frustrés me reviennent régulièrement en mémoire. J'ai fini par me demander ce que T. voulait dire l'autre jour lorsqu'il analysait mon comportement avec X. lors de nos deux dîners à trois. L'accoutumance au statu quo entre nous prend presque le dessus sur le concret. Chacun y trouve probablement un certain intérêt. La question est de savoir qui s'en contente et pourquoi. Je crois donner dans la provocation aussi en affichant clairement que je ne suis pas dupe. Mais dans le noir ce matin, sa main manquait à la mienne, malgré la chaleur que je sentais de son bras contre le mien. Naturellement, le silence d'A. depuis vendredi m'ayant passablement énervé, partager la moitié de mon dimanche avec X. m'a calmé. Même si nos moments ensembles vont crescendo, joutes psychologiques, chacun ayant sur l'autre des atouts de natures différentes, qui se soldent par des ex-æquo stériles. Mon interlocuteur d'hier parlait d'une sorte de culpabilité probable de X. envers moi. Peut-être. Peut-être pas. Le fait est que j'ai conscience de ce qu'il y a entre nous. Si N. demeure une sorte d'allégorie du sentiment, immuable, déifié dans une perfection céleste, H. tient plus de l'humain ascendant dans les épreuves qu'il surmonte, héros ou demi-Dieu en devenir. Leur intérêt me fait penser à des sortes de figures tutélaires. Des fées penchées sur l'être inaccompli qui bataille en et contre moi. Leur vision positive et énergétique me font observer le sujet avec une curiosité quasi-anthropologique, l'incompréhension dominant toutefois toujours la grande étude microcosmique. J'espère toujours l'explosion stellaire dans un concert fracassant lorsqu'une baguette magique fera enfin lever le voile d'obscurité qui appesantit la tangibilité du monde. Quand j'ouvrirai enfin les yeux et verrai l'univers.
